Naomi Klein : La stratégie du choc !

Publié le par Silvio Carmino Bartolomeo Spezzi


Comment ne pas faire le lien entre les abomifreux docteurs Mabuse ou Moreau
et le sémillant politoco-économiste Friedman
quand on voit le merdier mondial dans lequel nous plonge
l'application de ses doctrines et théories ?

Après les divers désagréments observés sur le net à propos de censures
des publications citoyennes concernant les citoyens,
je me dois de vous livrer la totalité des textes recueillis

POUR EN SAVOIR PLUS SUR L'IDÉOLOGIE DES AMIS ET FRÉQUENTATIONS
DE NOTRE NOUVEAU PRÉSIDENT
  ET DU MONDE QU'ILS NOUS PRÉPARENT :

(source Agora Vox )
Capitalisme et fascisme :
"La Stratégie du choc" par Naomi Klein

Dans son dernier ouvrage La Stratégie du choc. La Montée d’un capitalisme du désastre, la journaliste canadienne Naomi Klein porte à la connaissance des citoyens du monde entier une enquête édifiante sur le dévoiement du capitalisme depuis plus de trente ans.

(Augusto Pinochet et Henry Kissinger 1976)



D’où viendrait ce dévoiement du capitalisme ? Il faut remonter aux années 50 durant lesquelles, un universitaire américain de Chicago, Milton Friedman (photo ci-dessous, à gauche de Augusto Pinochet), avait mis au point une doctrine économique reposant sur une liberté totale du capitalisme, c’est-à-dire un capitalisme qui agirait à sa guise en niant les entraves que seraient l’Etat, les services publics et même la volonté politique si celle-ci ne le favorisait pas. Cette doctrine ne pouvait être appliquée sans une stratégie de départ, qui reposerait sur un "choc" émotionnel et brutal, volontaire ou pas, frappant les peuples et donnant un espace vital pour l’émergence d’un capitalisme libre pour certains, sauvage pour d’autres. Milton Friedman allait attendre l’année 1973 pour voir enfin sa doctrine confrontée avec la réalité économique et politique d’un pays en voie de développement, le Chili.

(Augusto Pinochet et Henry Kissinger 1976)

 Le fascisme sud-américain, genèse de la stratégie mondiale du choc

(Milton Friedman et Augusto Pinochet)


Le 11 septembre 1973, le Chili subissait un coup d’Etat militaire mené par le général Augusto Pinochet (photo ci-dessus, à droite de Milton Friedman). Ce dernier renversa la sociale-démocratie du président élu démocratiquement, Salvador Allende. Or, plus que la chute d’un gouvernement qui gênait les intérêts de Washington, le 11 septembre 1973 a vu débarquer une équipe de jeunes économistes sud-américains formés à l’école de Milton Friedman ; cette équipe, les "Chicago Boys" comme on les avait baptisés, allait appliquer la trinité friedmanienne ou néolibérale : privatisation-déréglementation-réduction des dépenses sociales. Les effets de cette recette économique allait entraîner des dégâts considérables pour l’économie chilienne, cela pour des décennies : inflation des prix de presque 400 % avec envolée des prix sur les denrées alimentaires de base ; privatisation des entreprises publiques au profit de multinationales souvent américaines, sans condition de réinvestissement dans le pays ni obligation d’embaucher de la main-d’œuvre locale ; explosion du chômage et émeutes de la faim ; délabrement des services comme la fourniture d’eau potable et d’électricité...

Mais le chaos économique et social qu’avait engendré l’application de la doctrine des "Chicago Boys" n’aurait jamais pu se faire sans l’aide d’un régime dictatorial, à leur écoute et pouvant utiliser sa force (police et armée) pour soumettre les citoyens à la nouvelle politique néolibérale. Les syndicats et les mouvements de gauche étaient eux-mêmes réprimés férocement pour s’être opposés au diktat des conseillers économiques formés à l’école de Friedman. Pis, au lieu de croire que ces derniers étaient des économistes mus par une doctrine en laquelle ils croyaient sincèrement, les "Chicago Boys" furent en première ligne du détournement des fonds publics et profitèrent, avec les investisseurs étrangers et les cadres politiques du régime, de la corruption généralisée inhérente à la doctrine friedmanienne.

Bien évidemment, Milton Friedman, mis devant le fait accompli - celui de voir ses élèves contribuer à la mise en place et à l’enrichissement d’un Etat fasciste, corporatiste et ploutocratique - nia jusqu’au bout ses responsabilités et les errements de sa doctrine économique. Au contraire, l’homme soutint que Pinochet ne fut pas assez dur dans l’application de sa doctrine, ce dernier faisant finalement volte-face pour freiner le chaos économique qui commençait à menacer son propre régime. Pourtant, la doctrine néolibérale de Milton Friedman n’avait pas encore connu son "âge d’or" et des méthodes bien plus terrifiantes furent employées pour soumettre l’individu au choc capitaliste de l’éminent universitaire américain.

 
(La torture, une stratégie du choc à l’échelle de l’homme)

Le coup d’Etat d’Augusto Pinochet a été à sa façon un choc pour le peuple chilien. Mais plus qu’un choc politique, la stratégie du néolibéralisme, on l’a vu, ne pouvait réussir sans l’appui de l’outil répressif d’un régime fasciste. En conséquence, le choc national devait être reproduit à l’échelle de l’individu, c’est-à-dire par le choc physique et psychologique de celui-ci. Naomi Klein débute d’ailleurs son ouvrage sur les "expérimentations" du docteur d’origine écossaise Ewen Cameron, qui ont servi à l’élaboration des livrets pour les méthodes de soustraction de renseignements par les agents de la CIA.

En effet, dans les années 50, Ewen Cameron avait mis secrètement en place une technique dite de "confrontation psychique" du patient (généralement ayant des troubles mentaux), technique basée sur les électrochocs sur le corps, l’internement dans le noir, la soumission aux bruits et aux images entraînant la phobie générale de l’individu. Ewen Cameron croyait avec sa technique détruire les anciennes structures psychologiques du patient pour recréer un "homme nouveau", malléable mentalement grâce à son retour brutal à une infantilisation forcée. La journaliste canadienne révèle ainsi que les méthodes du Dr Cameron furent réutilisées par la CIA qui les enseigna à son tour aux régimes de droite et d’extrême-droite comme celui d’Augusto Pinochet. Ces régimes avaient besoin de ces méthodes pour assurer leur maintien au pouvoir, ainsi que leur mainmise sur l’économie de leur pays, elle-même offerte au pillage par les multinationales, cela par le biais des privatisations et de la déréglementation voulues par l’école de Chicago.

Ces méthodes de torture (charges électriques sur le corps, simulation de noyade, isolement par rapport à l’environnement extérieur, soumission à des bruits et à des chiens menaçants, etc.) seront appliquées jusqu’à nos jours par la CIA et l’armée américaine dans des prisons tristement célèbres comme Abou Ghraïb en Irak ou Guantanomo Bay au large de Cuba. De telles méthodes n’avaient pas seulement pour objectif de lutter contre la résistance irakienne, mais aussi et surtout de protéger les intérêts des multinationales venues exploiter les richesses de l’Irak avec le soutien très étroit du gouvernement des Etats-Unis.


Catastrophes naturelles et privatisation de la sécurité :
"la croisade corporatiste"


Régimes fascistes et tortures, il ne manquait plus que des chocs beaucoup plus violents et plus marquants pour assurer l’épanouissement du capitalisme sauvage conçu par Milton Friedman : les catastrophes naturelles et les conflits armés. D’après Naomi Klein, les catastrophes naturelles auraient eu la même "utilité" que les tortures du Dr Cameron. Ce dernier avait fait de sa méthode de choc le moyen d’anéantir mentalement et physiquement le patient, afin de le rendre d’un point de vue psychologique "vierge" de son passé et de faire de lui un homme neuf doté d’un esprit désormais modulable. Parallèlement, Milton Friedman avait prôné à ses élèves de miser sur les crises, comme par exemple celles nées de catastrophes naturelles, afin de rebâtir une nouvelle économie dans les pays touchés par ces catastrophes. En effet, la réflexion friedmanienne se focalisait sur l’anéantissement des services publics et du système social des pays qui résistaient encore à la doctrine économique néolibérale. Milton Friedman et ses élèves avaient leurs entrées à Washington, s’étaient accaparés la grande institution qu’était le Fonds monétaire international (FMI) et avaient converti à leurs vues des politiciens américains et futurs néoconservateurs comme Donald Rumsfeld, Dick Cheney ou Paul Wolfowitz. Mais cette influence de l’école de Chicago était insuffisante pour faire échouer les pays aux économies trop centristes ou sociales-démocrates.

Il fallait donc compter sur la thérapie de choc physique et psychologique que provoqueraient des cataclysmes comme le tsunami qui avait ravagé l’Asie du Sud-Est en 2004 ou les inondations de la Nouvelle-Orléans dues au passage de l’ouragan "Katrina" en 2005. Dès lors qu’une plage de rêve des Maldives s’était vue "nettoyée" de ses cabanes de pêcheurs par un tsunami, les politiciens et les hommes d’affaires qui n’attendaient que ce moment-là envoyaient la police pour empêcher les pêcheurs de revenir sur leur plage et reconstruire leurs cabanes. La plage "vierge" de son passé était totalement disponible pour bâtir de nouveaux complexes touristiques pour les vacanciers milliardaires du monde entier. Une terre volée par la force après un cataclysme qui paralysa la population locale, le tout au profit des investisseurs privés, voilà un des nombreux exemples du "capitalisme du désastre" voulu par Milton Friedman et que dénonce Naomi Klein. La catastrophe naturelle créait ainsi des "zones franches" - terme de la journaliste canadienne - au sein des démocraties, provoquant des fissures dans le consensus populaire au profit d’une mainmise immédiate des richesses d’un pays par les multinationales et par l’élite locale politique et affairiste, le tout dans un temps très court, celui du choc provoqué par la catastrophe.

Mais ce capitalisme du désastre se caractérisait aussi par "la croisade corporatiste", qu’elle fût armée lors d’invasions militaires ou plus vicieuse lors des négociations secrètes entre les "Chicago Boys" et les gouvernements de transition démocratique :

- Dans le premier cas, l’invasion de l’Irak fut une croisade idéologique officiellement, mais officieusement elle fut surtout et avant tout un pillage en règle des richesses de l’Irak par les multinationales américaines, britanniques et celles dont les pays avaient participé à la coalition militaire qui avait violé en même temps le droit international par son agression. Outre les richesses du pays, les dollars versés généreusement par le gouvernement de G. W. Bush pour la soi-disant reconstruction de l’Irak firent l’objet de nombreux détournements et de vastes escroqueries à la chaîne. Milton Friedman, dans les dernières années de sa vie, approuvait avec enthousiasme cette nouvelle situation économique de l’Irak occupée. Mais les multinationales qui touchaient ces deniers publics du contribuable américain renvoyaient une partie de l’argent dans les poches des hommes politiques comme Dick Cheney qui avait conservé des parts dans des groupes comme Halliburton. La reconstruction fut aussi écartée au profit d’une vaste privatisation de la sécurité, supplantant les missions de l’armée américaine. Cette privatisation de la sécurité ne se retrouvait non pas seulement en Irak, mais également autour des colonies juives du Golan et de Cisjordanie, dans le centre-ville haut de gamme de Beyrouth au Liban (Naomi Klein y dénonce la mainmise corporatiste du groupe Solidere, détenu par la famille Hariri), dans la "zones verte" de Kaboul en Afghanistan ou encore autour des quartiers huppés de la Nouvelle-Orléans. Naomi Klein redoute qu’à l’avenir des banlieues futuristes pour hauts revenus se développent à l’écart des zones populaires et se retranchent entre des murs de sécurité et surveillés par des vigiles armés par des sociétés privées.

- Dans le second cas, les élèves de Milton Friedman imposèrent leur croisade corporatiste par le biais des transitions démocratiques ayant eu lieu dans des pays naguère gouvernés par des régimes autoritaires ou dictatoriaux. Les "Chicago Boys" du FMI prirent régulièrement l’initiative de négociations rapides et secrètes avec les futurs gouvernants incarnant l’espoir démocratique. Imposant des conditions financières, notamment de généreux prêts conditionnels, les futurs gouvernants devaient obligatoirement faire passer l’économie de leur pays sous les Fourches Caudines de la trinité friedmanienne. De telles réformes ultralibérales apparaissaient nécessaires aux yeux des dirigeants politiques nouvellement élus et de bonne foi. Mais ils n’avaient pas conscience qu’en acceptant les conditions du FMI ils autorisaient l’anéantissement de leur économie nationale - un nouveau choc économique - au profit d’une nouvelle économie dans laquelle, le capitalisme serait sans entraves et donc libre de faire ce qu’il voudrait au plus grand dam des citoyens. En conséquence, les pays ayant connu la transition démocratique après la dictature furent ainsi piégés par les conditions économiques des élèves de Milton Friedman, conditions qui entraînèrent une hausse des prix, du chômage, un délabrement des services publics passés entre les mains des multinationales, un pillage des ressources naturelles au profit de ces dernières sans que les populations en tirent le moindre bénéfice, etc. L’espoir démocratique laissait ainsi place au désespoir économique, le corporatisme l’emportant sur le politique en lui imposant sa volonté. Des pays furent affectés par les exigences du FMI : la Russie de Boris Eltsine (l’âge d’or des oligarques), la Pologne de Lech Walesa (l’échec gouvernemental de Solidarnosc), l’Afrique du Sud de Nelson Mandela (les haines ethniques actuelles et attisées par la hausse du chômage), la Chine de Deng Xiaoping (la répression des étudiants sur la place Tienanmen) ou les "Tigres" d’Asie (l’effondrement des bourses asiatiques)...


Basés sur de nombreux ouvrages, entretiens et articles de presse, les travaux de Naomi Klein sont enrichis de sa propre expérience (comme l’épisode où l’auteur est transporté dans un hôpital privé de la Nouvelle-Orléans suite à un accident de voiture) et par ses références solides à l’Histoire. On peut seulement regretter que la journaliste canadienne n’ait pas orienté son enquête sur la privatisation du système de santé des Etats-Unis par le gouvernement de G. W. Bush, un scandale dénoncé par Michaël Moore dans son dernier film Sicko (1). De même, le lecteur européen doit prendre un peu de recul pour lire cet ouvrage, mais le manichéisme (d’un côté tout est noir, de l’autre côté tout est blanc) demeure heureusement très relatif.

La thèse de Naomi Klein se défend et apparaît donc difficilement contestable, tant les éléments recoupés entre les actions de privatisations au niveau mondial et les bouleversements historiques de ces trente dernières années sont troublants de vérité. Troublants comme les décès simultanés de Milton Friedman et d’Augusto Pinochet en 2006, ainsi que l’émergence à deux reprises (1973 et 2001) d’un capitalisme du désastre à partir de la date fatidique du 11 septembre.

Ci-dessous deux vidéos. La première présente la thèse de Naomi Klein, depuis les tortures psychologiques et physiques du Dr Ewen Cameron dans les années 50 au tsunami de l’Asie du Sud-Est de 2004 ;

LA STRATÉGIE DU CHOC




- Naomi Klein, 2008, La Stratégie du choc. La Montée d’un capitalisme du désastre, traduit de l’anglais (Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné, Editions Leméac/Actes Sud, Paris, 672 pages, 25 euros.


la seconde propose proposait, car devenue introuvable, une interview de Naomi Klein, reçue pour son livre sur le plateau de l’émission de Michel Denisot, Le Grand Journal :(ndlr: censuré comme tous les documents "gênants"édités par Canal+)


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